Jour 100 Shin falls – Ceannabeinne Beach

Je quitte la vallée des cascades de Shyn et continue jusqu’à Lairg, carrefour de routes menant à différents endroits dans les Highlands, à l’est Inverness, au Nord, direction la cote, à l’ouest, directement à Ullapool. Ayant décidé de ne pas aller aux iles Orcades, je ne vais donc pas dans le coin nord est, c’est a dire John O Groats, cependant je compte traverser un peu les highlands, je pars donc tout droit vers le nord en empruntant une petite route direction Tongue ! La route est étroite et les alentours désertiques ! Pas un arbre ou un abri en cas de mauvais temps. Le relief est bas, ce qui me rappelle plus l’Islande que la Norvège, quoique ca a des airs de cap nord. Heureusement que j’ai fait la Norvege avant sinon je me demaneerai clairement ce que je fais la. Les villages consistent en fait à 5 maisons dont 2 abandonnées tous les 20 kilomètres. Les Highlands ont une des densités de population la moins élevée de l’Europe…

Je m’arrête peu apres Tongue ou j’arrive vers 12h00 dans un café, au chaud et au sec; la pluie commençant à tomber. C’est le 100eme jour du voyage aujourd’hui alors une douceur s’impose… Je contacte également un couchsurfer à Ullapool, sans grand espoir d’une réponse, mais une vraie douche ne serait pas du luxe après une semaine dans la nature…

J’attends un bon moment avant de repartir, que le temps s’améliore !

Je repars plein ouest, avec un bon vent de face ! Le temps est déprimant ! mais le paysage change un peu, un peu plus de relief et une ressemblance avec les fjords norvegiens entre Tongue et Durness. De bonnes descentes qui font plaisir ! Il fait parfois un temps tellement atypique que tu as l’impression qu’il ne pleut qu’au dessus de toi, pendant 5 minutes, puis que du vent, puis les 2, puis un rayon de soleil, etc. J’ai l’impression d’être dans le film Truman Show ou quelqu’un commande le temps, sinon comment est ce possible !? En tout cas ça me fait plutot rire, j’en prend plein la tronche pendant 5 minutes, puis je suis de nouveau sèche à cause du vent, puis j’ai chaud à cause du soleil, etc… bref je finis par en rire..

Ces vaches me font penser aux adolescents rebelles, avec une coupe de cheveu meche longue, c’est plus a la mode !!

J’essuie quand meme la fatigue du quotidien, allez voici un peu de l’envers du decor des campements a la plage…

Tes pensees sont essentiellement tournees vers le budget et avoir toujours quelque chose a manger et a boire, l’eau c’est la vie ! tu fais tes courses avec ton casque encore sur la tete, et c’est aussi comme ca que tu reconnais tes pairs quand tu les croises devant le rayon muesli et noodles. Tu fais preuve d’ingeniosite a chaque repas pour cuisiner vite et calorique.

tu te mouches dans du papier essui main que tu as piqué dans les toilettes publiques, ou d’un bar ou tu n’auras pas manque l’occasion de prendre des dosettes sucres et moutarde, où tu oublies parfois de tirer la chasse d’eau tellement tu n’as plus l’habitude comme tu es le plus souvent dans la nature, où tu as également profité d’un evier, de l’eau et du savon pour laver quelques vetements dans lesquels tu commencais a ne plus pouvoir te sentir, et qui ne secheront que 2 jours plus tard car ils auront pris la pluie sur ton porte bagage arrière qui te sert de seche linge, quand tu ne perds pas tes vetements en route si bien qu’il ne te reste plus que 3 sous vetements !
Pour le campement, c’est douche dans la rivière froide quand tu en as une, sinon c’est douche sommaire avec des lingettes pour bébé, que tu utilises aussi pour faire la vaisselle car tu as tout juste assez d’eau pour cuisiner, et donc pas assez pour te brosser les dents qui lorsque ça arrive tu redécouvres parfois avec joie le gout du dentifrice..

Avant de dormir, tu espères à chaque fois que ta frontale a encore assez de batterie, ce qui n’est pas le cas de ta tablette-liseuse-carnet de voyage-musique-cartes-guide de voyage etc pour laquelle tu essaieras de t’arreter demain quelque part pour récupérer quelques pourcentage de batterie. Tu chasses le moustique, mouche, abeille, midgies, scarabés, araignés, insectes indeterminés, en esperant que tu ne dormiras pas avec certains meme si tu en découvres le lendemain matin… et ne compte plus le nombre incertain de piqures que tu as partout sur le corps et pour lesquelles tu te grattes vainement en pensant que ca les fera passer. Tu ne sais d’ailleurs pas s’il n’y en pas qui se cachent dans ta tignasse sachant que tu ne t’es pas lavé les cheveux depuis plus d’une semaine…

Le matin, tu ranges tout de nouveau, tu te fais un café sans lequel tu ne peux pas commencer à pédaler, et du porridge dans de l’eau parfois froide car tu ne manges pas pour le gout mais utile, pour ce qui tient le plus au ventre, qui ne pese pas trop lourd, qui ne necessite pas trop d’eau et de temps de cuisson, ni trop cher, mais qui te permet d’engranger assez de calories que tu vas bruler dans la journée, pendant laquelle tu manges d’ailleurs toutes les 3 heures des aliments absolument riches en sucres rapides et lents, ce qui fait que tu n’as pas perdu un seul gramme et que les 4500km à vélo que tu viens de faire n’ont absolument pas affiner les contours de ta taille que tu commencais deja a avoir du mal à assumer, et ne t’ont pas non plus dessiné un corps d’athlete pour lequel t’avais quand meme un peu d’espoir naif mais logique d’effleurer de par cette aventure ! Ton visage quant a lui montre aussi des signes du voyage, des elements et des circonstances, car il se prend la pluie, le vent, le soleil, tout en meme temps, le froid, le chaud, les moustiques, le stress, la fatigue etc, bref l’air pur de la nature fait du bien mais a forte dose il marque…

Ton repas de midi c’etait des haricots a la tomate dans la boite de conserve sur le bord de la route, mais c’etait trop bon.

Quand tu as un moment de repit, c’est que tu es deja dans le sac de couchage car il fait trop froid pour rester dehors, t’as passe un peu de temps a explorer un bon spot campement, installe le campement, que tu as lave tes derniers habits de rechange, tu t’es auto-lingetté, cuisiner un super repas au rechaud, des pates avec un coeur de bouillon dont tu ne t’es jamais autant delecté, checker l’itineraire pour le lendemain, etendu tant bien que mal tes vetements de la journee mais qui seront toujours humides demain matin a cause de la condensation ou de l’air frais dehors, et finalement… tu t’endors vite…

Bref, finalement la fatigue de pédaler n’est pas celle que tu retiens de la journée, mais celle liée à tout le reste ou tu t’occupes de toi et petit velo non stop. Tu as d’ailleurs hate d’avoir de la compagnie et de t’occuper des autres pour changer.
Ton reve, une tartine beurree et un chocolat chaud, blotti sous une couverture polaire dans un canape, avec un pyjama et des chaussettes en laine, trop grands, avec un film devant lequel tu t’endors sur une large epaule qui t’accompagne ! 

Mais la lassitude du voyage que j’ai depuis quelques jours n’est pas lie a cet inconfort, car un hotel ne ferait pas plus mon bonheur. Alors on verra… Et puis il serait facile d’eviter tout ca moyennant finance mais c’est le prix de la liberte et c’est cette experience que j’ai envie de vivre en ce moment, celle aussi ou tu ne vis pas par procuration de consommation. Est ce du courage ou de la folie de s’imposer ca quand on le choisit, difficile de jauger… 

En attendant, petite rejouissance, apres les changements climatiques toutes les 5 minutes, il s’arrete de pleuvoir d’un coup, et je trouve un bon spot pour camper sur la plage…!

6 réflexions au sujet de “Jour 100 Shin falls – Ceannabeinne Beach”

  1. Félicitations à toi marl, cent jours de voyage ça se fête je ferais 3 km sur le VTT pourris de la maison pour fêter ça 😄
    Aller bon courage et ouvre les yeux même sous la pluie

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  2. Ah Marlène ! Merci mille fois pour cette description mythique et très juste de la vie de tous les jours en cyclo-voyage. Les doutes arrivent sans prévenir, puis repartent de la même manière, je crois. Et lire cet article me conforte dans l’idée que, même si ça n’est pas l’aventure la plus sexy dans ma vie, il en restera quelque chose de fort pour toujours. J’essaie de t’envoyer quelques rayons de soleil d’Hambourg, il en a trop pour un seul cycliste ici, et quelques-uns des 30° degrés aussi…

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