Jour 101  Ceannabeinne Beach – Kylesku

Je repars avec un bon vent de face ! Je m’arrete peu apres mon campement à Durness ou je fais un stop electricité connexion, c’est la cote nord nord ouest ecossaise, ou plusieurs randonnées en bord de plage sont possibles, étant donné le vent, je n’ai qu’une envie c’est de redescendre vers le sud et voir les conditions météo s’améliorer dès que possible.


Je traverse quelques petits villages mais encore une fois il n’y a pas foule !!! Je croise quelques cyclos mais la plupart font seulement un tour de quelques heures, pas de bagages, ils avancent vite ! et ont à peu près 2 à 3 fois mon age, alors on se salue d’un signe de tete ou d’un petit coucou mais pas de grandes conversations.


Et puis en haut d’un col (210m, attention !!!), j’apercois un ravito, comme dans les randos avec fromage et saucisson… et quelques cyclistes de route, âgés. Ils sont tout impressionés et me posent pleins de questions, dans un accent londonien terrible pour moi… 2 responsables organisent des tours cyclistes pour des groupes, ils s’occupent de la logistique, la nourriture, l’assistance, etc pendant que le groupe pédale sans soucis !… Ils m’invitent à me servir au ravito, cool et me font repartir avec des bananes pour la route.


J’atteins ensuite Kylescu en milieu d’apres midi, et je me sens bien fatiguée pour la journée, surtout que petit vélo me parait peser une tonne, mais c’est surtout que la chaine et les pignons sont beaucoup trop encrassés… 

Je m’arrete vers un hotel qui me conseille sur un coin ou camper, sous un pont, mais avant je profite de leur canapé bien douillet au chaud, et découvre que le couchsurfer de Ullapool sera ravi de m’accueillir, et moi donc ! Demain je prend une vraie douche !!! youpi ! et accessoirement je dors dans un vrai lit ! J’entends la responsable de l’hotel dire à un se clients qu’ils annoncent une tempete dans les parages cette nuit, bon c’est vrai qu’il y a un peu de vent mais comme d’habitude non!? En sortant une abeille parvient à ses fins et me piquent à la jambe rahhh, à travers deux couches de vetement, ok elle a du mérite…

Je quitte l’hotel et repars vers le pont poser le campement en fin de journée. On ne sait jamais quand on sera amené à dormir sous les ponts ! pour moi c’est ce soir !


Je découvre que je n’ai plus un brin de gaz mais j’avais prévu le coup et mange un truc sans cuisson, mon briquet est vide aussi, et les sucres de combustion avec allumettes ne prennent pas avec le vent, bon.

Je me plonge dans le nouveau roman de l’écrivain voyageur Avant la dernière ligne droite de Patrick Franceschi, je laisse un peu tomber celui de Haldor Laxness dans lequel je ne rentre pas, et Man’s  search for meaning de Victor E. Frankel en anglais que m’avait conseillé Erich (l’allemand rencontré à Reykjavik) qui parle de son experience dans les camps de concentration… Patrick F. a fait plusieurs fois le tour du monde dont un  en ULM (Pierre B. il faudra que tu le lises !!!), il parle de ses expéditions de jeunesse en plein milieu de l’Afrique et de sa soif d’aventures !!

Le vent souffle fort par a coups, avec de violentes bourrasques, dans la tente mais je ne suis pas inquiète, allez j’ajoute quelques piquets meme si je ne suis pas convaincue que ca aide, je cale un peu avec les sacoches, jusqu’a ce que ca devienne tres fort à peine 5 minutes plus tard….je retiens avec mon bras la paroi, et puis tout s’envole et moi avec comme une brindille, que je ne suis pas !…Je commence à partir dans la tente encore enfermee et ca souffle encore. Oh-Oh. Bien sur la tente fait office de voile alors le risque de partir dans les rochers, la mer quelques metres plus bas ou le poteau en beton est fort probable, et toujours enfermee dans la tente je ne risque pas vraiment de maitriser grand chose…il fait nuit je ne vois rien et je ne sais pas ou le vent m’a déplacé… la j’ai carrément peur pour ma vie. Je suis obligée de forcer pour rester au sol avec ce que j’ai de muscles, c’est à dire mes jambes (merci toutes ces heures de vélo !) et maintenir avec moi la tente et tout ce que je peux quitte a ne pas perdre tout mon necessaire de voyage avec… et je cherche en haletant la fermeture eclair pour m’extraire en faisant preuve de sang froid malgré la panique. Ca me prend quelques secondes peut etre une minute mais ca parait long.

Je reussis a sortir, finalement les deux piquets ajoutés sont ceux qui ont aidé à retenir un peu la tente, j’ai des chances pour que rien ne parte dans le vent alors je degonfle le matelas, j’enroule tout ce que je peux dans la tente, derrière ouf les sacoches sont encore la. Je prend tout, replie les arceaux qui ont pris chers, je vois qu’ils ont été tordus par le vent mais je verrais plus tard…j’ enroule la frontale sur la tete, je recupere meme quelques piquets… et remonte au parking ou quelques campings cars sont garés. Je toque à l’un d’eux, je prend le plus gros car j’ai quelques bagages, et des allemands m’ouvrent et m’accueillent à l’intérieur, j’eclate en sanglots, les nerfs lachent, j’ai cru que j’y restais… Finalement ces allemands sont partout mais c’est tant mieux…
Lui ne parle pas anglais mais elle un peu, on echange un peu puis on essaie de dormir, le camping car est secoué par les vents, pour eux aussi c’est la première fois que ça bouge autant ! Je ne suis pas trop rassurée, j’ai encore peur que ça se renverse !! Eux ne dorment pas vraiment non plus…

Je ressors verifier que petit velo va bien, j’avais du le laisse rattaché à une barrière en haut du parking, la bache est prete a s’envoler, tanpis, mais petit velo est sur le flanc, à terre toujours accroche au piquet par l’antivol, il ne bouge donc pas.
On entend les bourrasques de vent, et c’est encore pire de l’entendre siffler et grossir jusqu’à faire tanguer le camping car car on l’appréhende à chaque fois !

Finalement on ressort un peu du lit et on se sert un verre de vin rouge, oui finalement ça fait oublier le vent ! et on echange nos prénoms, on ne s’était meme pas présentés… Mes hôtes sont donc Irene et Kurt…

On finit par s’endormir, mais seulement d’un oeil, la tempete ne s’arrete pas de la nuit et perdure jusqu’au petit matin.

Je pense à la réceptionniste de l’hotel qui m’avait en plus précisé, « en plus il y aura moins de vent sous le pont »…merci. J’écrivais justement plus tot à mon couchsurfer de demain que j’espérais que la journée ventée qui m’attendait allait se terminer en Marlène 1 – Wind 0… Bref quelques heures plus tard, je ne pense presque plus à l’incident, et je minimise complètement le risque, cependant l’émotion sur le moment était bien réelle, et le risque ne l’était pas moins. Je comprend mieux aussi les nombreux arbres déracinés vus sur les routes des Highland…

Le fait de ne pas rentrer indemne ou tout court, j’y pense presque tous les jours, étant sans arret sur les routes ou tout simplement esseulée. Je n’ai pas peur mais je suis consciente qu’il y a des risques… Quand je dévale des descentes avec ou sans casque avec un vélo de 40 kilos, à plus de 45km/h et qu’une panne mécanique peut survenir… quand il y a du trafic sur la route et que l’automobiliste peut etre tout betement aveuglé par le coucher de soleil en face, ou qu’il pianote sur son téléphone, que les camions me dépassent, que les camping cars me frolent… Que je campe dans des endroits isolés, en pleine nature, quand je pars en randonnée toute seule, bref il y a des risques tous les jours, mais heureusement ce n’est pas aujourd’hui que je passerai dans la rubrique « une jeune campeuse abandonne son vélo et prend la poudre d’escampette ! »

2 réflexions au sujet de “Jour 101  Ceannabeinne Beach – Kylesku”

  1. Tu as du courage, tes petites faiblesses ne durent pas et la peur n’évite pas le danger – Je me souviens aussi des arbres couchés dans les forets . Il n’y a pas que le vent pour déraciner les arbres, les terres sont riches en eau et en humus sur peu de profondeur les racines s’enfoncent peu. mais je n’ai pas eu de tempête – la seule que je connaisse , est celle de 1999

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