Jour 168 Fromistas – Leon

Un réveil sonne et c’est tout le dortoir qui se réveille ! C’est Gérard qui nous réveille sur une berceuse au piano, après nous avoir bercé de ses doux ronflements ! 6h30, c’est tot quand meme non !? Les marcheurs eux se fichent si le soleil est déjà debout ou non, ils marchent sur le chemin. Moi, sur la route, je préfère qu’il soit avec moi !

Le petit dejeuner est religieusement silencieux… Gérard réussit à se faire un oeuf sur la mini poele qu’il a pour son réchaud, des tranches de saucisson, et voilà son carburant pour la journée ! Euh, moi je tourne toujours au porridge…!

Ca parle quand meme tendinites et mal de genoux, le chemin est une épreuve physique pour certains ! Et puis la question du matin « Et toi tu t’arretes ou ce soir ? » « Tu tentes le 35 ou tu t’arrete à 20 km!? » avec le « ca dépendra de mes genoux » « du temps », etc… 

En tout cas chacun est à peu près sur de se retrouver, à un moment sur le chemin. Les rencontres sont brèves mais moins brèves que les miennes ou c’est sur, ce soir je ne risque pas de retrouver les memes sachant que je vais tenter de rejoindre Leon, à plus de 100km de là.. !

C’est donc parti pour le chemin ! Je pars en meme temps qu’eux, 8h30 ouille c’est tot… Je remarque qu’un collier de serrage du porte bagage avant n’a pas tenu le choc du chemin caillouteux du canal de la veille, décidément ce canal… grrr un coleson pour réparer fait l’affaire.

Je reste sur la route, que je partage la plupart du temps avec moi meme, ou quelques rares tracteurs, le chemin longe la route, je salue les randonneurs au fur et à mesure. Tous me saluent en retour avec un joyeux Buen Camino ! Je traverse assez vite la Méséta, la plaine déserte, grillée!? que les randonneurs, eux, voient défiler plus doucement ! C’est là ou je rencontre un randonneur qui arrive dans l’autre sens, Philippe. Il vient de Santiago qu’il a rejoint par le camino norte, il en est reparti par le camino frances ! original…

La route est un peu tout droit et tout plat…. l’avantage c’est que je roule vite, mais quand meme, pour visiter l’Espagne je me dis que ce chemin n’est pas la meilleure solution !

Je m’arrête à Calzadilla pour gouter à des spécialités locales, espagnoles quoi… Et encore des patates, enfin un sandwich aux patates… ! Un bocadillo ! les villages traverses sont encore a l’ancienne, pas vraiment de goudron mais des plaques servent de route. j’ai l’impression d’etre dans le sud de l’Italie meme si je n’y suis jamais allée, j’ai l’impression que ce serait comme ca.

Je m’arrête ensuite dans un autre village ou le marché se termine, je récupère du raisin et une pêche toute belle, je redécouvre leur gout, perdu depuis longtemps. 
J’atteins finalement Leon avant 16h00 sans grande difficulté… C’est une assez grande ville et me lance dans ses petites rues à la recherche de l’auberge la moins chère que j’ai trouvé dans les documents que les pèlerins avaient, la liste des auberges du chemin encore ouverte en hiver ! Encore beaucoup sont fermées !

Je tombe par hasard là ou je voulais aller, chouette, les Bénédictines de … 5 euros. Des très grands dortoirs ou clairement l’ambiance cosy, conviviale de la veille ne sera pas la meme ici ! Ce sera plus impersonel…

JE discute avec une jeune italienne qui a quitté son job de prof de breakdance et marche sur le camino sans savoir ce qui se passera après. Son but c’était d’être plus proche de la nature, elle compte ensuite rejoindre le sud de l’Espagne après Santiago en suivant le chemin de la Plata.

Je ressors faire un tour en ville et admirer de l’extérieur les magnifiques églises et cathédrales qui surplombent les rues. Je suis surprise que beaucoup de bars soient fermés, ou est l’ambiance paella-sangria-flamenco !? pas là…

Je m’en veux aussi de m’être arretée dans une grande ville, quasiment seul lieu qui t’empeche de voir le coucher de soleil alors que le ciel est complètement dégagé… grrr

En rentrant je tombe sur Astrid et Gaelle, avec qui on courrent après une messe de bénédiction en ville, en vain. Je discute très longtemps avec Gaelle pour connaitre son histoire !

Elle a fait une pause de 4 mois avec son employeur. Bye bye le quotidien de consulting en conseil de contrôle de gestion et en route pour le chemin pour « faire le point ». Plus proche du retour au quotidien que le départ, c’est déjà le questionnement sur ce qu’elle va faire après. Les réponses jaillissent mais aucune ne fait une percée fulgurante, renversant toutes les autres… Mais le chemin n’est pas fini ! Globalement ceux que je rencontre atteindront Saint Jacques lorsque j’atteindrais Gibraltar.

Elle me parle également des effets de groupe qui se créent tout au long du chemin, souvent entre personnes de memes nationalités qui tentent par bien des moyens de se retrouver chaque soir, ou un sur deux, au meme endroit. Comme si le chemin redevenait un quotidien, or en est-ce bien le but !? Ca rassure c’est sur… Mais la rencontre inoportune, la surprise des retrouvailles, l’aventure quotidienne de découvrir un autre, ou soi ? Ca s’anihile si on tente de tout prévoir, avec les memes personnes, etc…

Et puis l’effet de groupe empeche parfois de s’ecouter, et dirige ensuite vers des relations conflictuelles, qui sont justement ce qu’on évite en partant sur le chemin, de se sentir jugée par les autres sur les raisons qui nout ont poussé à prendre la route, sur notre passé, notre façon de penser, pire notre revenu. Bref le naturel de l’effet de groupe revient au galop et empoisonne ceux qui s’y laissent prendre…

Il ne faut donc pas oublier pourquoi on a pris le chemin, pour etre seul, pour faire des rencontres, pour s’amuser, pour se retrouver, pour mieux se connaitre, etc…

Les motifs de faire ce chemin sont bien différents pour chacun.Il y a ceux qui le font entre amis, pour le fun ! D’autres seuls, pour échapper du quotidien, la routine, les souvenirs qui rappellent sans cesse une rupture récente, trouver une réponse à tant de questions, peut etre meme se trouver pour ceux qui sont perdus, une poussée d’indépendance, une transition entre deux vies, puiser dans la nature ce qu’ils  n’arrivent pas à trouver au milieu des villes, pour le défi sportif, ou meme seulement de l’activité physique, faire une pause avec ses proches, une quête religieuse, etc….

Mais ce que redoutent parfois le plus les pelerins, c’est le retour. Et quand on arrete d’avancer en marchant chaque jour, en suivant tous le meme chemin, arrive t on a re rentrer dans le quotidien qu’on avait fui? Beaucoup redoutent ce moment.

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